Congé paternité : Comment Tristan est devenu un papa engagé suite à son congé paternité en Norvège ?

Tristan était un homme comme tant d’autres. Et il allait devenir un papa comme les autres. Mais son étoile (et sa compagne !) en a décidé autrement… Alors étudiant, il rencontre Louise, qui deviendra sa femme. Louise est norvégienne. Et la culture de la parentalité, des stéréotypes de genre et de l’égalité Femme / Homme est dans son pays, très différente de la France… Quelques temps après la naissance de leur premier enfant – Emil, 5 ans aujourd’hui- la famille quitte la France pour s’installer en Norvège. Et quand Louise tombe enceinte de leur 2eme enfant, la question du congé paternité se pose… Ou plutôt ne se pose pas pour Louise tellement le congé paternité est culturel en Norvège !

Plongé dans une autre culture, où son mode de pensée est minoritaire, Tristan va peu à peu revêtir son nouveau costume viking pour se transformer en Super Papa Engagé ! Il partage son expérience d’abord sur son blog Barbe à papa, puis dans un livre La Barbe et le Biberon, sorti début Janvier 2020, où il raconte en détail ses 5 mois de congé paternité. Son livre est un récit à la fois drôle, documenté et intelligent sur son congé paternité. Interview-chronique-portrait d’un papa transformé !

Congé paternité : moi jamais !

Quand Tristan devient papa pour la première fois, la famille vit en France. Il prend alors ses 11 jours de congé paternité pour accompagner au mieux sa femme et les premiers jours de son fils, Emil. Et ces 11 jours le satisfont pleinement !

Quelques années plus tard, la famille déménage en Norvège, terre de naissance de Louise. Et une petite Nora pointe le bout de son nez. Tristan se retrouve alors face à une double injonction : celle de sa femme et celle de la culture du pays. Car en Norvège la situation en terme de famille et d’égalité Femme / Homme a beaucoup évolué depuis 30 ans… La question ne se pose donc même pas pour Louise. Son mari va prendre son congé paternité. Mais c’est un long chemin qui débute pour Tristan. « Mon refus initial était surtout lié au boulot. Comment allais-je être jugé par mon boss ? Allais-je rater une promotion ? J’avais vraiment peur de me griller professionnellement ». Tristan raisonne alors avec le contexte culturel français qu’il a toujours connu. « En France, il y a une culture du présentéisme, de la visibilité. Il faut que les managers et les collègues voient qu’on est là et qu’on fait des choses ».

Au delà du potentiel risque sur son job, Tristan y voit une perte de « virilité », croyance liée à la culture patriarcale française. « En Norvège, c’est l’inverse ! J’étais un homme et un père ringard si je ne prenais pas mon congé paternité. C’est la norme de le prendre ». L’image renvoyée (« il y a en Norvège une « starification » du père engagé… Ca m’a boosté ! ») et l’entourage de Tristan ont fini par le convaincre. « J’ai quand même reçu une forte pression de ma belle famille et de mes potes norvégiens ! ». Après moultes négociations, Tristan saute le pas et signe pour 5 mois de congé paternité !

Congé paternité : un long chemin entre plaisir et galères !

En toute honnêteté, Tristan confie que ces 5 mois de congé paternité n’ont pas été de tout repos. « J’ai de très bons souvenirs de cette période mais on ne va pas se mentir, 5 mois à s’occuper non stop d’un bébé, c’est costaud ! ».

Dans son livre La Barbe et le Biberon, Tristan partage toutes ses anecdotes entre gestion des repas (ceux de bébé et de la famille), activités ou manque de sommeil. « Au final, c’était une période très épanouissante. En 5 mois, on a vraiment le temps d’en profiter. Et j’étais libre de faire ce que je souhaitais avec ma fille ! ».

Avant de vivre pleinement son congé paternité, Tristan a dû l’annoncer à son manager… qui est une femme ! Et hasard des moments, une belle opportunité professionnelle dans son entreprise se présente. Tristan se retrouve dans une situation malheureusement bien connue des femmes. La peur au ventre, il annonce sa demande de congé paternité et de promotion à sa responsable. Un moment plein de vérité du livre, qui dit beaucoup sur les stéréotypes de genre.

Même si le papa a eu, sur la fin, « un peu l’impression de tourner en rond », il a pu compter sur un accompagnement qui existe en Norvège pour les parents.

Entre « journée des papas » organisée par la municipalité, restaurants et bars « Family Friendly » avec une clientèle majoritairement constituée de papas, cours papa-bébé en tout genre, ou activités à portée de clic dans des applications, la Norvège a développé au fil des années tout un parcours pour que les papas prennent possession de leur nouveau rôle.

Enfin, Tristan a également pu compter sur sa bande de copains papas en congé paternité en Norvège.

Tristan raconte notamment un savoureux week-end entre papas dans un chalet dans les Fjords. Entre logistique, balade en forêt, baignade et nuits courtes, ce passage du livre nous projette  sur une nouvelle version des 4 mousquetaires. Une version moderne où « les 4 mousquetaires font la queue devant le micro-onde à 5h du matin pour préparer les biberons ».

Bilan & changements (sur soi et sur le couple)

Un des freins au départ pour Tristan tournait autour des questions de virilité, héritages d’un schéma patriarcal français. « J’ai évolué sur ces sujets. Au début, j’avais un peu honte. Prendre un congé paternité me projetait dans une approche dite « féminine ». Alors que j’avais plutôt l’habitude d’évoluer dans un univers professionnel où l’on parle plus de performance et de part de marché ! Finalement, j’ai compris qu’il n’y avait  pas d’enjeu de virilité. Et qu’il était nécessaire d’aller au delà des stéréotypes de genres ». Et justement, cette expérience a-t-elle modifié certaines pratiques professionnelles de Tristan ? « Récemment, je devait recruter pour mon équipe. La meilleure candidature était celle d’une femme, enceinte de 6 mois. Elle avait le meilleur profil, elle méritait le job, il n’y avait pas de raison de la pénaliser. Je l’ai recrutée, ce que je n’aurai jamais fait  auparavant ». D’ailleurs, tout comme Gabriel qui a pris un congé parental en France, Tristan a développé des softs skills durant son congé paternité très utiles dans son job. « Je suis plus organisé. Et surtout je suis beaucoup plus à l’écoute de mes équipes. J’ai bien plus d’empathie qu’avant ».

Tristan comprend mieux également ce que l’on appelle la charge mentale. « Bien sur que c’est fatiguant un bébé, il faut être patient. Et il faut gérer toutes les injonctions et la pression ».

Son salut, Tristan l’a trouvé dans le « lâcher prise ». « Et j’ai décidé de me focaliser sur les moments de joie. Sur le fait que c’était un luxe de pouvoir vivre ces 5 mois avec ma fille ». Désormais, la famille est installée en Suisse. Tristan a-t-il gardé ses bonnes habitudes de nouvel homme moderne ? « J’ai un peu régressé sur la répartition des taches domestiques… Par contre, au niveau boulot, je m’impose de partir à 18h pour ensuite passer 1h / 1h30 avec mes enfants. C’est un temps non négociable pour moi ». Et Tristan sent également qu’il n’est plus tout à fait le même. « Je suis moins l’homme pressé que j‘étais auparavant ».

Son congé paternité a également eu des conséquences positives sur son couple. « En Norvège, il est habituel de parler de parentalité. Déjà le congé paternité s’organise au sein du couple et demande beaucoup d’échanges dans le couple. On a gardé cette habitude aujourd’hui et on a beaucoup progressé dans la communication ». Et surtout Tristan sait désormais de quoi il parle ! « Je me sens plus crédible et me permet  plus de partager  mes envies. On s’écoute bien plus mutuellement ».

Et après ? L’engagement du papa !

Ce congé paternité a transformé Tristan qui a décidé de s’engager sur cette question. Il a d’abord créé son blog, puis s’est raconté dans son livre. celui lui a ouvert la portes des médias lui permettant de porter son message au plus grand nombre. Son expérience de vie en Norvège lui a ainsi permis de repenser la question du féminisme. « On met des quotas sur l’employabilité des femmes dans les milieux politiques et économiques car elles sont discriminées. Mais pourquoi ne pas mettre des quotas sur les hommes ? Et finalement, le véritable enjeu est de poursuivre la réflexion sur comment ré-équilibrer les choses entre les femmes et les hommes. ». Pour Tristan, la clé réside dans la re-définition des formes de parentalité. « Il me semble important de dédramatiser ce sujet et de travailler sur l’inclusion ».

Pour Tristan, redéfinir les questions de parentalité et d’égalité Femmes / Hommes passe notamment par l’entreprise. « Cela permet de travailler sur un axe intéressant de la marque employeur et de donner une image moderne à l’entreprise ». Il pense également, sur le modèle Norvégien, que mieux favoriser la parentalité permettrait de développer « tout un éco-système, d’associations ou de solutions pour les parents ». Tristan s’interroge également sur la bonne allocution des ressources des politiques. « Il y a, à mon sens, une profonde réflexion budgétaire à mener. Est-il plus pertinent de financer des places en crèche ou du congé parental ? ».

Au delà du congé paternité en lui-même, Tristan termine son livre par une proposition concrète de refonte totale des congés liés à l’accueil d’un enfant, inspiré du modèle nordique. En plus d’un « congé de naissance aidant », le papa plaide pour « un congé parental d’accueil en alternance ». Celui, d’une durée de 8 semaines, serait rémunéré par la Sécurité Sociale. Il se poserait uniquement après que la maman ait repris son travail. Une manière de lutter contre le manque d’égalité Femmes / Hommes en entreprise, tout en impliquant les pères dans la vie familiale.

Le papa engagé est confiant sur l’avenir. « En Norvège, il a fallut 30 ans pour en arriver à cette situation où la place du père est importante. En France, il y a évidement un changement culturel à mener, avec la question sous-jacente « l’enfant est-il en sécurité avec un père ? ». Mais la nouvelle génération de père a très envie de s’impliquer. Je pense que le changement peut se faire finalement très vite. ». 

Chez Histoires de papas, on partage un peu le même combat : aider les papas à trouver leur juste place. Et, tout comme Tristan, nous sommes persuadés que les lignes bougent et que cela peut aller très vite !

Et vous, que pensez-vous de l’histoire de Tristan et de son congé paternité de 5 mois ? 

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Crédits photos : Tristan Champion

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