Le nouveau congé paternité : ses enjeux et son fonctionnement

Le 1er Juillet prochain 2021, le nouveau congé paternité entrera en vigueur en France. En 2020, je me suis engagé sur le sujet, auprès de 9 autres papas de notre collectif de papas engagés. Nous avions co-écrit une tribune pour en demander son allongement. Nous l’avions complété d’un appel à témoignages de papas et en avons reçu près de 500 en moins d’une semaine. Puis nous avions soutenu notre engagement auprès de nombreux médias. Et en Septembre 2020, le gouvernement a annoncé officiellement l’allongement du congé paternité en le passant de 11 à 28 jours.

Ce nouveau congé paternité allongé est un outil symbolique fort pour encourager les papas à prendre une place plus importante auprès de leur bébé et au sein du couple. Et c’est aussi un vrai premier pas vers plus d’égalité entre les femmes et les hommes. Alors sur ce mois de Juin, je vous propose une série d’articles sur ce nouveau congé paternité. Aujourd’hui, je vous propose d’aborder ses enjeux (pour la société, les familles et les entreprises) et ses nouvelles règles de fonctionnement. Puis, dans les prochains articles, je vous partagerai des astuces pour mieux intégrer ce congé paternité allongé dans sa vie pro et dans sa vie perso.

Les enjeux du nouveau congé paternité pour la famille

Je le dis souvent, l’arrivée d’un bébé dans la vie, c’est un peu un tsunami. Et tout l’enjeu est de réussir à surfer sur la vague et à ne pas se laisser emporter. Et pour y arriver, le temps est un très bon allié. Il permet de comprendre le fonctionnement de bébé, de trouver ses marques en tant que papa et d’accompagner au mieux la maman. Voyons en détail les bénéfices pour chaque partie prenante de la nouvelle famille !

Pour le papa

Pour le papa, le congé paternité allongé lui permet d’enfiler son nouveau costume avec plus de sérénité. On ne naît pas papa, on le devient. On apprend en faisant. C’est parce que l’on est confronté durant plusieurs jours aux pleurs du bébé, à ses RGO, à ses soins et à ses bibs qu’on le comprend mieux. Avoir du temps avec bébé permet au papa de mieux saisir ses besoins et ce qui le rassure. Et enfin, cela permet au papa d’assumer sa part . Dans la majorité des cas, un bébé se fait à deux… et s’accueille à deux !! Donc pour les nouveaux papas, on n’hésite plus ! On profite d’un long congé paternité pour mettre les mains… dans les couches !!

Pour la maman

Pour la maman, la présence du papa sur un mois après la naissance est essentiel. Un accouchement n’est pas anodin pour une femme. C’est un moment intense physiquement et émotionnellement ! Au delà de l’accouchement en lui même, l’accouchement engendre un bouleversement hormonal. La dépression post partum toucherait à minima 10% des femmes. Elle a besoin d’être soutenue dans ces moments forts. Et aussi de se « reposer » (même si les 1eres semaines sont rarement très reposantes !) et de prendre soin de son corps. Et enfin, le nouveau congé paternité peut aussi être salvateur pour le couple. N’oublions pas qu’un couple sur 3, en moyenne, se sépare sur la 1ere année de bébé. Un mois de congé paternité permet une meilleure répartition de la charge mentale et des tâches domestiques au sein du couple. Et c’est primordial pour ne pas abîmer la relation de couple.

Pour le bébé

Enfin pour le bébé, ce nouveau congé paternité lui permet de faire connaissance avec son papa. Même s’il a entendu sa voix, même si de plus en plus de papas s’exercent à l’haptonomie, le bébé est surtout entré en contact avec la maman durant les 9 mois. Cette période plus longue permet de construire une relation forte entre le papa et le bébé par la qualité des liens d’attachements et par une sécurisation affective. C’est le moment d’user et d’abuser du peau à peau ou du portage par exemple !

Les enjeux du nouveau congé paternité pour la société

famille positive

En terme d’égalité Femme/Homme

La parentalité est, encore aujourd’hui, une période de creusement d’inégalités très fortes entre les femmes et les hommes.  Et le congé paternité allongé de 28 jours peut changer la donne sur le sujet. Aujourd’hui, environ 70% des tâches familiales et domestiques sont encore réalisées par les femmes. Le risque de burn out parental est beaucoup plus fort chez les femmes qui se retrouvent à porter la charge mentale. Le nouveau congé paternité permet de sortir le papa de son rôle d’ « exécutant ». En plongeant durant un mois dans le quotidien de parent de nouveau né, il va mieux comprendre la réalité de cette nouvelle vie. Et ainsi, mieux prendre sa juste part auprès de la maman.

L’inégalité est également très forte au niveau de la sphère professionnelle entre les femmes et le hommes. Il existe encore aujourd’hui au sein des entreprises un « risque maternité » qui freine l’évolution de carrière des femmes. A compétences égales, une femme touche un salaire en moyenne 20% plus bas qu’un homme. Une mère sur 2 modifie son activité professionnelle après l’arrivée d’un enfant (temps partiel par exemple) contre un homme sur 9. Le nouveau congé paternité devrait changer la vision de l’entreprise sur la parentalité et transformer le « risque maternité » en « risque parentalité », aussi bien porté par les femmes que les hommes.

Les bénéfices à long terme

Les bénéfices sociétaux à long terme d’un congé paternité allongé sont nombreux.

Pour les enfants, cela génère un lien d’attachement plus fort avec l’enfant. Et c’est également un exemple positif de parents égaux face aux tâches domestiques et dans l’activité professionnelle. Et ce sont donc potentiellement de futurs adultes pour qui l’égalité est une évidence.

Pour les parents, ce nouveau congé paternité amène plus d’égalité au sein du couple, comme nous l’avons vu juste au dessus. Mais c’est également un facteur stress en diminution (les 2 parents sont présents au quotidien pour le bébé). Et enfin, il y a un bénéfice évident en terme d’équilibre vie pro et perso.

Enfin, pour les entreprises (mais nous en reparlerons plus en détails dans un prochain article dédié), les bénéfices sont également nombreux. Avec un congé paternité plus long, les collaborateurs papas reprennent le travail plus serein. Et ils sont donc plus épanouis d’avoir pu profiter pleinement de ce grand moment de vie plein d’émotions. Ceci entre pleinement dans les stratégies RH qui placent la parentalité comme un axe fort d’une politique de QVT (Qualité de Vie au Travail). Et cela permet de développer l’engagement des salariés. Mais également d’attirer et de fidéliser les talents.

Le congé paternité chez nos voisins européens

En Europe, c’est un peu le grand écart en matière de congé paternité !! Il est inexistant en Allemagne, en Croatie et en Slovaquie. En Espagne, les papas peuvent désormais bénéficier de 16 semaines. Et les champions Européens en la matière sont les fameux pays scandinaves avec 7 mois en Finlande, 10 semaines en Norvège (+26 semaines à se partager avec la maman) ou 480 jours à se partager au sein du couple (dont 60 jours pour le papa) en Suède.

Mais tout cela va progresser favorablement très prochainement. En effet, une directive européenne, adoptée en Juin 2019, vise à harmoniser les différentes durées du congé paternité en Europe. Il devra, au plus tard en Août 2022, être d’une durée minimale de 10 jours et rémunéré. Cette directive va donc introduire le congé paternité dans 3 Etats membres (Allemagne, Slovaquie et Croatie) et allonger celui de 7 autres, jusqu’ici inférieurs à 10 jours (Malte, Pays-Bas, Grèce, Roumanie, Hongrie, République tchèque et Italie). On avance donc sur un chemin positif !

Les nouvelles règles du congé paternité

Congé paternité

Alors ce nouveau congé paternité, concrètement il ressemble à quoi ??

Son ancienne forme

Depuis 2002, les papas ont droit à 14 jours. Ils se composent de 3 jours de naissance (en jours ouvrables, soit du Lundi au vendredi). Et de 11 jours calendaires (du lundi au dimanche), qui passent à 18 jours pour les naissances multiples.

Sa nouvelle forme

 partir du 1er Juillet 2021, le congé paternité passe à 28 jours (3 jours de naissance + 25 jours calendaires (32 jours pour des multiples). Concrètement en voici les nouvelles modalités : 

  • Il s’applique aux enfants nés après le 1er Juillet ou ceux dont la naissance était supposée intervenir à compter de cette date
  • Les 3 jours de congés naissance sont à prendre dans les 15 jours suivant la naissance
  • Sur les 25 jours supplémentaires, 4 sont à poser immédiatement après les congés. Le reste des jours (soit 21 jours) peuvent être pris soit à la suite, soit de manière fractionnée en deux périodes d’une durée minimale de 5 jours chacune.
  • Il peut être pris jusqu’au 6 mois du bébé (nous étions sur 4 mois dans son ancienne forme)
  • Sur les 28 jours, 7 sont obligatoires (les 3 jours de congés naissance + 4 jours du congé paternité)
  • Indemnisation : les 3 jours de naissance sont pris en charge par l’employeur. Les 25 autres jours sont indemnisés sous forme d’indemnités journalières versées par la Sécurité Sociale et calculés en fonction du montant du salaire (entre 9,66 € et 89,03 € par jour). Ce sont les trois derniers salaires bruts perçus avant la date d’interruption du travail qui sont pris en compte. Le montant du salaire journalier de base est égal à la somme des 3 derniers salaires bruts perçus avant la date d’interruption du travail divisé par 91,25. A cette somme, il convient d’enlever un taux forfaitaire de 21%. Ainsi pour un salaire de 2500 Euros, l’indemnité journalière est de 64,93 Euros (2500 X 3 : 7500. 7500/91,25 = 82,19. 21% (abattement) de 82,19 = 17,26 82,19-17,26 = 64,93 Euros : montant de l’indemnité journalière). Cliquez ici pour accéder au simulateur de calcul de vos indemnités journalières
  • Les indemnités sont versées tous les 14 jours
  • Si la mère de l’enfant vit en couple avec une personne salariée qui n’est pas le père de l’enfant, cette personne peut également bénéficier du congé de paternité et d’accueil
  • Le congé est ouvert sans condition d’ancienneté et quel que soit le type de contrat du travail (CDI, CDD ou contrat temporaire)
  • L’information de l’employeur doit se faire au moins 1 mois avant la date présumée d’accouchement (mon conseil : informez le dès que possible pour organiser et anticiper votre absence) . Si ce délai est respecté, l’employeur ne peut pas s’opposer à la demande du salarié. Le salarié peut prévenir son employeur par écrit ou par oral. Il lui précise les dates de début et de fin du congé qu’il souhaite prendre. Il est préférable, pour des raisons de preuve en cas de litige, d’adresser à l’employeur une lettre recommandée avec accusé de réception (ici une lettre type d’information : https://www.service-public.fr/simulateur/calcul/CongePaterniteAccueil) . Attention, il est également nécessaire d’informer sa CPAM par courrier avec la copie intégrale de l’acte de naissance de l’enfant + la copie du livret de famille mis à jour.

Et maintenant…

Ce nouveau congé paternité est définitivement une bonne nouvelle pour les nouveaux parents ! Cependant, il reste encore, à mon sens, de nombreuses évolutions à proposer à ce congé paternité : 

  • Augmenter la période obligatoire : elle sera désormais de 7 jours. C’est mieux que les 3 jours mais cela reste faible si on souhaite réellement impacter sur l’égalité Femme / Homme
  • Augmenter la durée : 28 jours, c’est bien mais on peut faire mieux ! Je trouve que ce qu’a déployé l’Espagne est intéressant : une augmentation progressive sur 3 ans pour le monter à 3 mois. Cela permet à toutes les parties prenantes (familles et entreprises) de se l’approprier en douceur.
  • Revoir les congés parentaux dans leur globalité : ce serait, à mon sens, un vrai axe de lutte contre les inégalités

Mais procédons par étape. Avant de faire évoluer ce nouveau congé paternité, il s’agit déjà de faire en sorte que les nouveaux papas s’en saisissent. N’oublions pas que l’ancien congé paternité était pris par 70 % des papas (c’est bien mais on peut faire mieux !). Pour cela, je crois beaucoup à la sensibilisation. Car il s’agit là de faire bouger les lignes sur la place du père dans la famille et la société. Il est nécessaire de parler encore et encore de ce nouveau congé paternité. Pour le démocratiser. Pour en faire une évidence. Et il s’agit également de sensibiliser les entreprises (dirigeants, RH et managers) afin qu’elles puissent encourager et accompagner au mieux la prise de ce congé paternité.

Et enfin, je crois beaucoup en l’exemplarité. Plus que les mots, les actes sont forts. Il est nécessaire de voir et d’entendre de plus en plus de papas qui prennent ce congé paternité. Pour toute évolution sociétale, il y a besoin de « rôle model ». N’oublions jamais que quand on agit, on n’agit pas uniquement pour soi. Mais aussi pour les autres. Alors mettons la lumière sur ces papas qui vont prendre leur congé paternité. Pour donner envie à tous les papas de s’investir pleinement dans leurs nouveaux rôles !

Et vous ? Que pensez-vous de ce nouveau congé paternité ?

Positivons, partageons et commentons ci dessous !

Retour à la page d’accueil

Partager l'article
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
  •   
  •  

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.